Exposition du 10 juillet au 30 août 2020.

Soleil Vert, chronique du confinement.


Le confinement a commencé par surprise. Pendant les premiers jours je n’ai pas réagi, comme tout le monde je ne savais pas grand chose du virus, l’ambiance était vraiment anxiogène. j’étais abasourdi.


Mais je n’ai pas pu résister longtemps à l’envie de sortir pour photographier Paris, cette ville, que je connais si bien, devenue soudainement ville fantôme. C’était la fin de l’hiver. J’ai commencé à sortir timidement. Du matin au soir, je sillonnais à vélo la ville silencieuse et déserte à la recherche d’images surprenantes. Mais Paris faisait grise mine. Les arbres encore dénudés allongeaient leur larges ombres inquiétantes sur le pavé. La cité sombre et triste semblait mise à nu. Pour tout dire je broyais du noir, je ne voyais que du noir. Le « noir et blanc » s’est donc tout naturellement imposé à mes images.


Deux semaines plus tard, le printemps faisait brutalement irruption. Le ciel, lavé de sa pollution, était passé au bleu. Un bleu lumineux, presque électrique, à en faire mal aux yeux.


Les arbres s’étaient habillés de feuilles vertes éclatantes sous un soleil incandescent.


La ville abandonnée mais éclaboussée de lumière resplendissait tout à coup d’une beauté indécente.


Au cœur de ce monde suspendu, la Seine s’était arrêtée dans sa course, pour s’abandonner, elle aussi, au soleil printanier. Les bateaux-mouche et les péniches étaient à quai. Rien ne pouvait déranger les eaux du fleuve, aucune ride ne venait troubler les flots argentés. Le fleuve s’était transfiguré en un gigantesque miroir à ciel ouvert où la ville figée projetait son image parfaite mais inversée…. J’étais tout simplement ébloui par le spectacle, et je me rêvais tel « Alice au pays des merveilles », traversant le miroir.


Je n’ai pas résisté longtemps à l’appel du printemps. Mes photos aussi ont retrouvé leurs couleurs… Je courais “aux quatre coins de cette ville”. Je n’avais jamais vu « ça ».

J’ai vécu cette expérience comme un moment unique, “extra-ordinaire”, qui ne se reproduira plus jamais je crois. J’étais dans un rêve éveillé, où je voyais Paris, ma ville, retourner chaque jour un peu plus, à l’état sauvage. Le boulevard du Palais, au cœur de la cité, avec ses grands arbres qui forment une voûte végétale prenaient des airs de forêt urbaine. Les images ne peuvent montrer ni le silence, ni le bruit de fond de la nature, ni le vent, ni le chant des oiseaux, ni le bruissement des feuilles dans les arbres. J’étais dans un paradis vert d’où exhalait un sentiment de paix incroyable. De temps à autre, une voiture déchirant le silence assourdissant, me faisait revenir à la réalité et Paris redevenait un simple désert de pierres.


À la tombée de la nuit, la ville fantôme se transformait en un décor de science-fiction inquiétant. Je m’attendais à voir débouler des zombies au coin des rues. Quand je rentrais chez moi après des heures d’éblouissement, j’écoutais la radio qui égrenait au fil des heures le bilan morbide de la journée. Chaque jour la mort s’invitait dans nos maisons. On ne parlait que de nos souffrances quotidiennes. Il n’y avait plus ni guerre, ni famine. Le monde brutalement devenu tout petit, était réduit à ce virus microscopique qui occupait tout l’espace de notre vie. Je retournais alors dans les rues désertes pour fuir loin de cette réalité. loin des gens et des drames humains, loin de tous ces morts dans les hôpitaux.


Comme Roberto Benigni dans son film « La vita e bella » j’avais décidé de voir le bon côté des choses, « la vie en rose »… j’ai longtemps travaillé comme photographe de guerre, et je crois justement que le rôle du photographe est de rendre beau les moments les plus tragiques.


Ce spectacle terrifiant et sublime, ce moment insensé n’a finalement duré que quelques semaines…

55 jours exactement, « les 55 jours sans Péquin ». Mais pour le moment il y avait, ce soleil, ce vert incandescent, et le bleu du ciel.


Pas de doute j’étais dans un film, pas celui de “Nicholas Ray”… mais un film de science-fiction… auquel j’ai donné le titre de « Soleil vert ».


Avec la fin du confinement débute une nouvelle histoire, le « paradis vert » est devenu un immense bal masqué à ciel ouvert.

Michel Setboun

Lors de sa première participation, en 2018, Michel Setboun a été séduit par l’âme de ce festival. Il n’a jamais rencontré une telle énergie et une telle motivation lors de ses précédentes expositions.

Il nous a donc proposé de devenir le Parrain du Festival et de nous offrir SOLEIL VERT pour cette édition 2020.

Après avoir été architecte, Michel Setboun travaille comme photographe professionnel depuis 1978.

Pendant dix ans, il parcourt la planète pour le compte de l’agence Sipa, couvrant les grands événements au gré de l’actualité.

Devenu photographe indépendant, il continue à travailler sur des projets photographiques personnels.

Explorez le travail de Michel Setboun sur son site setboun.com

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